09/01/2010

FICTION ou REALITE?

A BORDEAUX, le pont levant... qui ne se levait pas!

Par Vigilant.bx, publié le 09/01/2014


Le pont Bacalan Bastide est le 5ème pont routier de la ville de Bordeaux (avant l'ouverture du pont Jean Jacques Bosc), et incontestablement, le plus monumental des ponts situés en centre ville.

Un an après sa mise en service, le nouveau pont mobile de Bordeaux, le plus grand d'Europe, ne s'est toujours pas levé pour laisser passer des paquebots vers la capitale d'Aquitaine. Les armateurs craignent de voir leurs navires bloqués en aval du Port de la Lune par une grève ou une panne du mécanisme.

Ce pont de 180 millions d'euros a été conçu pour faciliter la circulation entre les deux rives tout en permettant le passage des grands navires remontant la Garonne jusqu'au port maritime situé au coeur de la  ville historique.

Au vu du trafic existant, les services de la CUB estimaient qu'il faudrait lever son tablier environ "trente fois par an". Mais contrairement à leurs prévisions aucun navire n'a demandé à le franchir depuis sa mise en service en septembre 2012 et le mécanisme n'a jamais eu à servir.

Premières concernées, les compagnies de croisière ne veulent pas prendre le risque de voir leurs paquebots enfermés dans un cul de sac. "Elles craignent que leurs navires ne soient piégés par une panne technique du système, une grève du personnel du pont ou une manifestation sociale", explique Jess Suidéçu directeur des croisières chez l'agent maritime Starsky et Keuch.

Son confrère Jee Croipa de chez Sea Crusest, partage cet avis en soulignant que les paquebots enchaînent avec précision leurs escales et ne souffrent pas du moindre retard. "Ils doivent se tenir à des horaires qui sont dignes de la SNCF de la grande époque", assure-t-il.

La question est d'autant plus sensible à Bordeaux que les navires doivent tenir compte des marées pour programmer leurs mouvements. "S'ils ratent la marée, ils doivent attendre la suivante, et cela démolit tout le programme de la croisière", ajoute Jess Suideçu.

Tous les agents soulignent aussi que les armateurs, les capitaines et les pilotes sont "très réticents" à faire passer leurs grands navires de luxe entre deux piles d'un pont distantes d'à peine 110 mètres. "A la différence des navires de marchandises, les paquebots ne peuvent se permettre la moindre écorchure sur la coque", souligne Jee Croipa.


Ben Ihouihoui, directeur commercial du  Port Autonome de Bordeaux, voit aussi dans ce refus de passer le pont un effet du durcissement des mesures de sécurité depuis les attentats du 11 septembre et les autre tentatives. "Aujourd'hui les armateurs ne veulent plus s'installer derrière des ouvrages d'art, ponts ou écluses, que ce soit en Europe ou en Amérique", assure-t-il.


Le port avait anticipé le problème en empruntant les quais marchands de Bassens bien en aval du futur pont où les touristes sont accueillis dans une zone industrielle. "Nous continuons de proposer ces escales en aval, mais cette possibilité ne donne pas satisfaction aux armateurs et aux passagers", reconnaît Ben Ihouihoui

Les détracteurs du pont mobile option plus coûteuse qu'un pont fixe, ou ceux d' un tunnel, soulignent que l'ouvrage ne se lèvera éventuellement que pour laisser le passage aux grands voiliers de la Cutty Sark un événement qui peut se produire "seulement tous les vingt ans". En revanche, ses défenseurs voient dans cet ouvrage élégant "un monument emblématique" au même titre que la célèbre flèche Saint Michel.

Tous pourront toutefois voir le pont se lever à la mi-août à 55 mètres au-dessus des eaux de la Garonne, non pour laisser passer un bateau mais dans le cadre d'un arrêt technique destiné à s'assurer du bon fonctionnement de son complexe mécanisme de câbles, crémaillères et contrepoids.

(Parodie de l'article de l'Express sur Rouen du 14/08/09)